vendredi 15 septembre 2017

1677 - Infanticide à St-Sauvant - #AD86 - #GeneaCrim86 - Echo à Centre Presse et la Nouvelle République

 Bienvenue sur ce blog à Thierry Péronnet, généalogiste passionné qui rejoint aujourd'hui les chroniqueurs d'archives de Centre Presse et la Nouvelle République. Il nous offre aujourd'hui une petite affaire criminelle du XVIIème siècle. En voici la version détaillée avec l'ensemble des protagonistes, afin de permettre aux généalogistes de la Vienne et d'ailleurs de tenter d'y retrouver leurs ancêtres. 
Bonne lecture ! 

le 09-02-1677, infanticide, Jeanne GALTEAU 22 ans village de Longe à St-sauvant originaire de la Mothe-St-Héray fille de Pierre GALTEAU maréchal et de feue Jeanne CHAIGNEAU accouche clandestinement d’un enfant, elle était est tombée enceinte des œuvres de Daniel PAREAU qui lui avait promis le mariage, un domestique de monsieur IZORE laboureur de Chiré, elle est servante domestique de Mathurin TEXIER 40 ans journalier de Longe et de Marthe BIGEON 30 ans sa femme, selon sa déclaration du 31-03-1677 elle ne savait pas qu’elle était enceinte, elle croyait avoir des coliques, elle n’a rien dit au père de l’enfant qu’elle n’a revu qu’une fois, elle affirme que l’enfant était mort-né et qu’elle l’a mis sous du fumier dans le toit au brebis, le 15-02-1677 plusieurs témoignages recueillis, Mathurin TEXIER déclare qu’il ne savait pas que Jeanne GALTEAU était enceinte, qu’il est allé donner à manger à ses brebis et que « dans le milieu du têt aux brebis » il vit le bras d’un enfant mort, le reste étant caché, il avertit alors sa femme Marthe BIGEON par ses mots « mon dieu ma mère je viens de trouver un enfant dans notre têt à brebis », il rajoute qu’il y avait beaucoup de sang, ensuite ils trouvèrent ladite GALTEAU auprès du feu en train de filer sa quenouille, celle-ci leur dit qu’elle a été malade dans la nuit, mais ne dit rien à l’évocation de l’enfant trouvé dont le bras paraissait encore vivant. Après la visite du cadavre par la justice, avec des voisins, ils lavèrent le petit corps et l’ensevelirent dans la cour de la maison, Marthe BIGEON rajoute qu’elle ne savait rien de la grossesse et que Jeanne GALTEAU avait continué à travailler manger et boire comme si de rien n’était durant celle-ci, comme elle la trouva le matin au lit et malade elle alla prévenir son père et sa belle-mère et leur demanda de venir la voir, la belle-mère refusa et rajoute que son mari l’informa de la trouvaille à son retour et que le père refusa de venir mais que la belle-mère se déplaça, Pierre BERNARD 27 ans laboureur à bras de Longe déclare que de nombreuses personnes savaient que l’accusée était grosse que l’enfant paraissait assez « puissant », Thoinette BOUMIER 62 ans femme de Jean (plutôt Jacques) BERNARD déclare que ses voisins l’avaient appelé pour voir ce qu’ils avaient découvert, que le bras et la tête paraissait assez puissant, rajoute qu’à sa question lui demandant pourquoi elle avait fait une si mauvaise action l’accusée ne dit rien, Jacques BERNARD 60 ans laboureur marchand de Longe déclare que l’enfant mort est un garçon assez puissant, André SABOURIN 25 ans journalier de Longe dit qu’il ne sait pas grand-chose, qu’il avait oui dire que l’accusée était grosse, Anne JOLLI 30 ans femme de Jacques COUSTEAU journalier de Longe raconte que l’accusée menaçait de tuer à coup de couteau ceux qui luis disaient qu’elle était grosse, qu’elle lui a dit  que, si son maitre et sa belle-mère l’avait écoutée, elle ne serait pas dans cette état, Françoise ROBIN 40 ans femme de Gabriel CARTAIS laboureur de Longe déclare que la femme de Mathurin TEXIER avait trouvé beaucoup de sang à sa porte et qu’elle affirmait que l’accusée avait accouché, elle rajoute que munit d’une chandelle elle vit le bras d’un enfant mort dans le têt à brebis le reste étant dans le fiand (fumier), que l’accusée lui confessa que l’enfant était d’elle et d’un certain PAREAU valet à la Brousse-Sapin, Renée PETIT 25 ans fille de Jean PETIT journalier de Longe dit qu’elle ne sait pas grand-chose et déclare avoir oui dire que l’accusée était enceinte, et qu’elle nous a vu la mettre à cheval pour l’emmener prisonnière, (Jacques Pierre et Jean BERNARD père et fils), le chirurgien qui examina l’enfant le jour de sa découverte ne trouva aucune trace de coups, il dit que seule la bouche était un peu noire, il déclara que la mort était récente, il examina aussi l’accusée et affirma qu’elle avait fraichement accouchée, le 31-03-1677 Jeanne GALTEAU est accusée d’avoir fait mourir son enfant naissant et est condamnée à être pendu et étranglée par l’exécuteur de la Haute Justice, Mathurin ROBIN de Poitiers payé 35 livres, à une potence montée en la basse ville de Lusignan vis-à-vis des Trois-Piliers, où elle devra y rester 24 heures, ses parents pouvant l’ensevelir ensuite, le jugement confirmé l’exécution sera effective le 28-08-1677 sur les 4 à 5 heures du soir, après que la condamnée eut demandé à genoux pardon à Dieu au Roi et à la Justice,


Source AD86  6-B-40 DSCN 2247 à 2308

lundi 11 septembre 2017

Les chauffeurs de pieds du #Poitou - #GeneaCrim86



Lorsqu’ils arrivent à huit la nuit du 11 Prairial An IV, les Barré sont couchés. Quatre s’introduisent dans la maison, et s’emparent du vieux, sous les yeux de sa femme, ils le ligotent, le frappent, le jettent à terre, s’emparent de ce qui leur parait être de valeur. Mais le butin est maigre, comme souvent.
Alors, ils jettent un jupon sur le visage de la vieille, la ligotent à son tour, et commencent la torture, avec méthode, tellement à l’identique d’une agression à l’autre, d’un village à l’autre, d’une région à l’autre, que la justice en fait un délit à part entière (vol et brûlements de pieds). Une méthode qui ressemble à un rituel, qui sévit à travers la France,

 à tel point que la presse s’en inquiète,


 à tel point que les élus s’en alarment.
Ces agresseurs qui agissent en groupe s’attaquent aux habitants des petits villages, volontiers âgés, mais pas toujours, de Mirebeau à Montamisé en passant par Coussay et Lencoitre, nous en croiserons d’autres.
Les bandes se connaissent, les procès se recoupent.
Leur but n’est pas de tuer, mais de faire avouer la cachette du magot.
Les blessures infligées sont toujours graves, elles laissent des séquelles et la mort est souvent au bout de cette nuit noire.

Les brûleurs de pieds sont dans la Vienne.
Leur arme ? La cheminée de la maison.
Leur cible ? L’épouse de la maison, torturée sous les yeux de son mari.
Leur but ? Dérisoire, de maigres économies cachées derrière une pierre.

Ce soir là, le fils Barré 22 ans les a entendus arriver. Il sort et va chercher les voisins. Les voleurs s’enfuient en catastrophe, laissant derrière eux un baton et un couteau…
Louise Guillon sa mère est blessée, gravement.
Une semaine après l’attaque, les procédures commencent. Louise raconte. Elle a reconnu le bâton d’un certain Leclerc, les quatre qui étaient dans la maison avaient un fort accent loudunais et ressemblaient à des bourgeois.
Dans un second temps, Etienne, le fils Barré revient sur ses déclarations et dénonce. Ce sont les frères Gaubert qu’il a vus ainsi que Suffiseau et Leclerc le cordonnier.
Leclerc avouera, mais dira avoir été entrainé. Il charge Suffiseau et les frères Gaubert.
Suffiseau nie. Il dit que c’est son libertinage qui le perd, qu’on cherche à se venger de lui.
Les frères Gaubert nient aussi.
François Suffiseau, Pierre et René Gaubert, François Provost, Pierre Leclerc et Louis Meunier sont condamnés à mort. Gasselin , le joueur de violon est condamné par contumace.
L’affaire prend de l’ampleur, des clans se forment, des témoins viennent défendre Suffiseau et les frères Gaubert tandis que d’autres les accablent. Mauvaise vie, petits larcins, tout est à charge.
L’appel très circonstancié, sur une bonne vingtaine de pages, plaide ardemment la raison quand la vengeance en ces temps révolutionnaires tourmentés règne.  Craindre l’erreur judiciaire, ouvrir les yeux des juges, réveiller l'humain. Le plaidoyer est grave, politique, engagé on y sent l’angoisse d’une justice qui perd la tête à en couper tant.

Dans cette période particulière de l'histoire de notre pays, il est troublant de sentir à la lecture d'un procès somme toute banal, le courage des hommes qui persistent à tenter de rétablir le calme, maintenir le cap de la justice pour ne pas désespérer des révolutions.
Sans doute au péril de leur propre vie.
Le texte poignant, ne suffit pas à casser le jugement.
 Les six doivent être exécutés dans les 24 H.
 C’est la loi.
Impossible dit le bourreau, ils sont trop nombreux ! Il demande de l’aide.
L’exécution n’aura lieu que le 30 Messidor.
Les condamnés arrivent sur la place de la liberté à Poitiers en tombereau sous grosse escorte. L’ordre est difficile à maintenir…
Juste avant l’éxécution, Pierre Leclerc, et Louis Meunier tout en donnant des précisions sur d’autres affaires similaires en cours de jugement, disculpent Pierre Gaubert,
 en vain,
 il sera comme les cinq autres, guillotiné.
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Source AD86 Série LSUPPL408 et LSUPPL 422.

Les brû

lundi 4 septembre 2017

Je m'appelle Georges - 1827 - Varennes - #AD86 #Archinsolite



TRANSCRIPTION DE L’ACTE DE NAISSANCE DE « GEORGES »
(Varennes, 24 avril 1827, NMD 1823-1832, 5 MI 072, p 20-21)
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Aujourd’hui vingt-quatre avril mil huit cent vingt-sept, à deux heures de l’après-midi. Devant nous Jean Huet, maire et faisant les fonctions d’officier public de l’état-civil de la commune de Varennes, canton de Mirebeau, arrondissement de Poitiers, département de la Vienne soussigné.
Est comparu Pierre-François Dagôt, âgé de vingt-sept ans, meunier demeurant au hameau de Rhimbault, en cette commune, lequel était accompagné des sieurs Jean Servant, métayer au hameau de Noiron, âgé de trente-cinq ans et Jean Lasne, meunier au moulin de Saint-Martin, âgé de cinquante-et-un ans. Lequel nous a  remis un enfant nouveau-né du sexe masculin, qui  nous a paru n’avoir été mis au monde que depuis deux jours au plus. Cet enfant était vêtu d’un petit lange en toile de gros, d’un autre mauvais petit lange d’étoffe grise rapiécée de vieille étoffe gris-bleu bordé par le haut et par le bas d’un vieux galon en fil bleu, d’une petite chemise de brassière en vieille percale garnie ainsi que les manches en vieille mousseline, d’une petite brassière en coton bleu à petites raies, à laquelle était attachée un billet portant Je m’appelle Georges, ainsi écrit « Je m aplle Jorge » ; et d’une calotte en vieille soie rayée de diverses couleurs, doublée de toile, sur laquelle sont trois petits morceaux de galon velouté et garnie d’un béguin de dentelle. Le dit Dagôt nous a déclaré que vers le milieu de la nuit dernière il a été éveillé par un  bruit qui a été fait à la porte de la chambre de la veuve Lasne sa belle-mère avec laquelle il demeure au dit Moulin de Rhimbault. Que s’étant levé et ayant demandé qui frappait ainsi, une voix qu’il n’a pas connue lui a dit d’ouvrir, qu’ayant ouvert en effet, il n’a vu ni n’a plus entendu personne et a seulement aperçu par terre un petit paquet qu’il a ramassé et qui s’est trouvé à son grand étonnement être l’enfant sus-dit. Qu’il a porté cet enfant au lit de Julienne Lasne son épouse qui est nourrice, et qui lui a donné depuis ce moment les soins nécessaires à son âge. Le comparant a dit n’avoir trouvé avec l’enfant aucun autre effet que ceux dont il était vêtu, lui a donné le nom de Georges indiqué par le billet qui lui était attaché, a demandé à le garder pour le faire nourrir par son épouse et a déclaré ainsi que les témoins ci-dessus désignés ne savoir signer après leur en avoir donné lecture.
Nous maire sus-dit, avons laissé cet enfant entre les mains et à la garde du dit Dagôt jusqu’à la décision de l’autorité supérieure sur le fait de savoir s’il restera confié aux soins de son épouse. Avons arrêté que le présent procès-verbal sera par nous transmis à Monsieur le préfêt de ce département pour être par lui décidé ce qu’il jugera convenable.
Fait et arrêté en notre demeure à Noiron dite commune de Varennes les jour, mois et an que dessus et avons signé. Jean Huet, maire.

Cette archive insolite m'a été confiée par E. Bonnet auteur du site "Mille ans à Bouhet", un site qui vaut le détour.


lundi 28 août 2017

Méridienne - Objet de Mémoire et association d'idées. #CoraMilletRobinet



Dans la torpeur d'un été caniculaire, la méridienne me tend les bras. La maison a fermé ses volets, la chaleur a imposé silence aux oiseaux. Seuls les papillons osent encore virevolter. L'heure est à la sieste. Votre livre me glisse des mains, la somnolence m'entraine dans ce XIXème siècle qui fut le votre. 1849, vous partez d'Availles, vous vendez le château, vous laissez tous les meubles, mais... Vous "emportez la baignoire". Je me suis souvent amusée, étonnée de cette mention sur l'acte de vente de votre propriété "emporte la baignoire" ! Partir avec un objet d'hygiène rare pour l'époque.
Vous laissez tous vos meubles, donc...  Auriez-vous par hasard laissé une méridienne ? Celle sur laquelle je sommeille ? Cette méridienne qui fut acquise par l'ancêtre de mes enfants, domestique au château, à l'occasion d'une vente organisée par l'une des dames suivantes de la Cataudière. Une méridienne qui pourrait avoir de lointaines racines au domaine.
Qui sait ?
L'heure étant à la sieste, il m'est permis de rêver, n'est-ce-pas ?
Au fait Cora ! Vous voilà désormais sur Wikipédia ! Un admirateur britannique a pris le temps de rédiger un article, en anglais et a eu la gentillesse de citer mon travail. Qu'il en soit remercié.
Il serait temps de rédiger l'équivalent en français. Mais l'heure est à la sieste...
A bientôt.
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Au gré de mon inspiration, je poursuis cahin-caha le #ChallengeAZ de 2016. J'avais choisi pour thème les objets de mémoire. 

lundi 21 août 2017

Jeanne à sa fenêtre - #PetiteAffaireCriminelle #AD86



Dans la chaleur de ce soir de Prairial, Jeanne Audebert, 25 ans, rêve d'un avenir moins noir. Elle se plaint d'être maltraitée par son mari, Michel Rabier, et voudrait divorcer.

Jeanne à sa fenêtre, déterminée
Jeanne écrit une lettre pour justifier sa demande de divorce. La toute jeune république l'autorise et pour Jeanne, comme pour de nombreuses femmes de tous ces petits villages de France, il est temps et il ne faut pas perdre de temps. Les femmes sont nombreuses à l'initiative des premiers divorces révolutionnaires. Tant et si bien, que le Code civil napoléonien en limitera rapidement et fermement l'accès... en particulier pour les femmes, et la Restauration l'interdira de nouveau.
En attendant, Jeanne saisit les opportunités de son époque et Lauradour le meunier la sait déterminée. Tous deux se connaissent et se côtoient. La veille, on les a vus ensemble. Serait-elle sa maîtresse?
On murmure au village.

Jeanne à sa fenêtre, révélée
Tandis que son époux, assis dans la pièce, lit. Jeanne ouvre la fenêtre, cette nuit du 8 Prairial de l'an II. Elle n'y reste pas accoudée pensive ou décidée, mais s'en éloigne rapidement semblant ainsi se mettre à l'abri dans un recoin.
Elle se croit seule mais un domestique la voit faire. Le coup de feu venant du dehors, retentit très vite, et le mari tombe mortellement blessé.
Les domestiques, les voisins arrivent. Tous témoigneront à charge contre Jeanne. Ne s'est-elle pas précipitée au dehors plutôt que vers son mari? N'est-elle pas sortie d'un recoin de la pièce où elle semblait se mettre à l'abri? N'a-t-elle pas envoyé les voisins « se faire foutre » lorsqu'ils ont demandé des linges pour soigner le blessé? Jeanne n'a pas que des amis dans son entourage...

Jeanne à sa fenêtre, accusée
L'enquête accable Lauradour. Ce meunier de 32 ans, que tout accuse: la liaison soupçonnée par le voisinage, les traces de sabots dans la terre et surtout les affaires volées dans la maison que l'on va retrouver dans son armoire. Il sera condamné à la peine de mort.

Jeanne à sa fenêtre, acquittée
Jeanne est acquittée de complicité d'assassinat. Mais les temps sont à la Terreur, à la guerre, la République, qui aurait pu libérer Jeanne des liens du mariage, choisit de laisser Jeanne à la fenêtre de son cachot... Jusqu'à la paix.
Gloria Godard
Source ADV Série LSUPPL 421.

Reproduction du tableau de Caspar David Friedrich, « Femme à la fenêtre », 1822.
lsamit

lundi 14 août 2017

# Geneatheme - Photos de famille et premier amour.


Clic Clac c'est Kodack ! 
Le #Geneatheme du mois d’août a pour sujet les photos de famille. 
Si je menais à bien tous les projets qui me passent par la tête, je sélectionnerais pour mes descendants,12 photos par année de ma vie, j'en ferais un thème de blog, une ronde avec un mot-dièse, genre #photodumoi... Tout ça, tout ça. 
Ce qui nous ferait quand même 7 billets par mois ( par moi), pendant les dix ans à venir, pour venir à bout de 70 balais d'images... S'il me reste encore dix ans à vivre. 
Laisse tomber Lulu...
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"Sélectionner".
Cette tâche serait plutôt facile jusqu'à la démocratisation de la photo numérique. 
La Godardière bascula dans le numérique en 1999 je crois.
A partir de là, trop de photo tua la photo. 
Encore que...
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"Raconter"
Le bruit des vagues, le camping de Palavas-les-Flots, le zip de la fermeture éclair de la tente Maréchal.
 Bref. 
Nous allions au bord de la mer. 
J'ai rédigé ce billet en 2010, sur le blog Lulu Sorcière, à l'occasion d'une "ronde d'écriture" autour du 
"premier amour". 
Vous pouvez  retrouver les commentaires d'alors sur la publication d'origine. 
Mon enfance a plus d'un demi-siècle, elle est si loin... Avant d'y retomber bêtement (on ne sait jamais un mauvais sort de ce cher Aloïs), il est temps de faire parler ces photos-là, d'y mettre le ton, l'humour, la tendresse et le recul nécessaires. Afin que les suivants ne prennent pas le passé trop au sérieux.
Et en vitesse, car le temps presse. 
Amusez-vous bien, la vie est courte. 
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1960


C’était il y a bien longtemps, à la plage du camping de Palavas-les-Flots. A cette époque j’avais 3 ou 4 ans, j’étais une vraie princesse.

J’étais l’enfant, j’étais l’unique, j’étais la première. On ne me laissait jamais jouer seule sur la plage, armée de ma troupe de chevaliers, mon père ce héros et mes Tontons farceurs, je détruisais majestueusement tous les pâtés de sable qui n’étaient pas conformes, retardant impitoyablement la construction des remparts de l’enfance.
Un jour pourtant, je suis restée seule et je l’ai vu.

Il était blond, il était p’tit, il était beau, il sentait bon le sable chaud… Musclé, incroyablement romantique, terriblement sensuel dans son maillot d’bain qui manquait d’élastique, tartiné d’huile cosmétique, il me demanda :
« Tu veux zouer au sable »
C’était la première fois qu’on m’draguait. Sensation nouvelle exaltante, trop timide pour répondre, certaine d’être désirée, j’ai lancé mon premier regard noir sur ses yeux clairs et nous avons rempli nos p’tits seaux ensemble. Le donjon prenait forme, nos mains maladroites tapaient l’une l’autre sur ce sable trop chaud, trop sec pour en tasser les grains, et soudain …. Sous mes yeux incrédules, ahuris mais néanmoins secrètement interpellés, dans la chevaleresque intention de ne pas voir s’écrouler le prochain édifice, il sortit son p’tit appareil et fit…. Pipi dans l’seau !!!!!!!
Je ne sais quoi de la nouveauté anatomique, du liquide aromatique, ou de l’incroyable légèreté d’un être déjà trop flemmard pour faire trois pas pour trouver l’eau salée, futur pétaradeur impénitent, mais je pris mes jambes à mon cou et me blottis dans les bras de ma p’tite maman, à jamais déçue des princes charmants.

Maman, vous la connaissez, ça l’a fait hurler de rire. Maman elle est comme ça, elle rit. Elle en a vu d’autres à mon âge ( elle en a toujours vu d’autres à mon âge, c’est casse-pied à force, mais ça aide à tenir). Elle a grandi à une époque où le ciel était si lourd que les étoiles s’accrochaient aux manteaux des petites filles, dans une théorie des nuages apocalyptique.


Alors, avec le même sourire, j’ai ravalé pour les amours à venir, mes larmes et mes chagrins, à jamais fragile comme un château de sable…..



lundi 7 août 2017

De la petite affaire criminelle à l'histoire de la Médecine. L'affaire Duchalard. Mauprévoir 86


L'affaire criminelle de Mauprévoir fut l'objet d'un article dans Centre Presse en 2013 : Le juge, la veuve et le notaire. A l'époque, un détail  m'avait interpellée : le débat au procès autour de la position de l'accouchée (debout comme on le pratiquait souvent en Poitou). Plus tard, un autre de mes "dadas"( l'histoire des accouchements), au hasard d'une recherche Google Books allait apporter un épilogue inattendu à cette terrible affaire...
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Mme Buissonnet s'inquiète. Aucune nouvelle de sa jeune soeur repartie pour  La Rochefoucauld. Elle finit par alerter les autorités.
Quelques semaines plus tard, sa vie bascule. Toutes les belles-mères vous le diront, il faut se méfier du gendre idéal. Buissonnet, notaire à Charroux, vingt-neuf ans, a l'aplomb du manipulateur. Il est bien avec sa femme, il est bien avec son beau-père et  il couche avec sa belle-sœur Hortense Mesnard, vingt ans. Pas de chance, celle-ci tombe enceinte. Buissonnet avertit son beau-père qui répudie sa fille.
Qu'à cela ne tienne, la veuve Duchalard de Mauprévoir, amie du mari volage se chargera de cacher Hortense, le temps qu’il faut. Ni vu, ni connu, tout se présente bien.
 Buissonnet reste à l’écart la nuit du 27 Nivôse, car tout ça lui est insupportable... Seule présente : la veuve Duchalard. Pourquoi  rappelle-t-elle si tard l’officier de santé venu dans la journée ? A-t-elle voulu précipiter les choses ? Elle le niera, affirmant que l'accident est dû à la position d’Hortense qui accouche debout. Possible mais difficile à croire. La jeune femme va mourir dans d’atroces souffrances,  sous les mains malhabiles qui forcent peut-être la délivrance... Prolapsus complet, hémorragie massive, seule la mort la soulage.
La veuve est noire et n'a pas terminé son ouvrage. L’enfant, un garçon est vivant. La veille, la bonne de la maison, a accouché, elle aussi d’une fille. La Duchalard embarque les deux nouveaux-nés dans un vieux panier qu’elle dépose à Joussé à 8km, chez Pleuville, en  criant « champis ! » avant de s’enfuir dans la nuit. Le lendemain, on enterre Hortense sans plus de question.

On aurait pu en rester là. Seulement Pleuville n'est pas un très bon citoyen. Il abandonne ce panier trop garni, sous un ormeau du cimetière. Il gèle ce 17 janvier. Les nouveau-nés hurlent, on les entend enfin, l’enfant d’Hortense meurt sur le chemin de l’hospice.
Mauflatre, le juge chargé du dossier  a vite fait d'arriver à la Veuve Duchalard. On ordonne l'exhumation du cadavre. Les officiers de santé sont formels, les délabrements accusent. On interroge à peine Buissonnet. L'accusation se concentre sur la veuve. Inculpée de la mort d'Hortense des suites d’une manœuvre violente et de suppression d’enfant par exposition inhumaine Elle nie. Canolle, successeur de Maury et professeur dans l'art des accouchements, vient la défendre. Il témoigne au procès de la dangerosité de la position debout de l'accouchée et affirme avoir déjà eu à déplorer ce type de complications.   La Cour Criminelle acquitte la Veuve Duchalard le 20 Floréal.
Obstiné, furieux, Mauflatre, la poursuit en correctionnelle pour exposition d'enfants. La veuve se défend bec et ongles, en appelle au droit constitutionnel : on ne peut la poursuivre pour les mêmes faits sans nouvel élément. Acquittée.
Machiavélique, la veuve Duchalard passe entre les mailles....
Opiniatre, le juge cherche la faille et enfin la trouve. La veuve Duchalard n'a pas déclaré les enfants à l'officier municipal avant de les exposer comme la loi l'y oblige.

Vaincue, la veuve est condamnée le 12 Messidor de l’An 5 à une peine de prison d’une décade. Une décade ? Environ dix jours du calendrier révolutionnaire. 

Canolle, l'accoucheur poitevin, poursuit sa brillante carrière et donne des cours d'accouchement à Paris auprès de Baudelocque, le père de l'obstétrique . Il rapporte au maître, l'affaire ci-dessus qui passera à la postérité dans "Le recueil périodique de la Socitété de Médecine de Paris" (Germinal An VI). Baudelocque cita l'affaire dans ses leçons et nous la retrouvons dans les nombreuses publications  concernant le "renversement de la matrice". 


lundi 31 juillet 2017

Deux Papas et un enfant - Poitiers 1774 - AD86 - Presse ancienne



C'est toujours un vrai bonheur de lire les journaux en ligne.
 Le style, la diversité des sujets, l'approfondissement philosophique, la vulgarisation intelligente, l'anecdotique au service du progrès et non l'inverse, le respect du lecteur....



C'est toujours un vrai bonheur de lire les journaux... du XVIIIème siècle.
Chez nous, les Affiches du Poitou sont en ligne. Une mine d'or pour les curieux, généalogistes ou pas.


Poitiers 1774.
Deux papas et un enfant...exposé, au siècle des Lumières, un document qui éclaire nos lanternes !
Nous avons entrevu le sort de ces petits au travers des nombreux actes d'Angliers. 
En voici un autre témoignage. Resté anonyme dans ce texte, et c'est bien dommage car son histoire est fort singulière.
On y lit qu'il revient au propriétaire de la porte sur laquelle l'enfant est accroché de se charger du colis.
On y lit qu'il peut monnayer d'en confier la charge auprès de L'Hotel Dieu de Poitiers.
On y lit que les papas s'attachent aux enfants qui croisent leur chemin.
On y  lit deux "papas" potentiels plaider pour la garde d'un petit garçon de 7 ans. Il y lit aussi une maman nourricière, certes, mais l'émotion, les sentiments des deux pères potentiels est dévoilée, et c'est rarement le cas.
On y lit la définition du mariage : Le motif saint et social de l'union conjugale est d'avoir des héritiers dans lesquels on espère de se voir revivre un jour. 

On y lit la détresse du manque d'enfant
On y lit l'attachement, cet attachement dont on doute souvent à la lecture des documents de l'époque. Ces bons époux chérirent bientôt cet enfant comme s'il fut né de leur union, un bon fils, un joli enfant. 
On y lit le bonheur d'une famille adoptive. cet enfant en grandissant a resserré par sa douceur et ses caresses un noeud si doux ; ils l'appelent leur fils...

On y lit les pratiques de la mise en nourrice. Qui est ce Seigneur ? Qui sont ses enfants légitimes ? Tous en nourrice, comme il est d'usage, ils ne reviennent au foyer familial que quelques années plus tard. Le bel enfant qu'il rencontre, ce bâtard de personne, aurait-il grandi mieux que les petits nobles ?
On y lit les droits que chacun des pères pense avoir sur l'enfant : le droit de le réclamer, le droit de le reprendre, le droit de le garder
On y lit la critique de la loi, les préjugés de la Jurisprudence Féodale.
On y lit les effets de la marchandisation de l'enfant. La famille nourricière abandonne la rente pour justifier de son attachement,  pour convaincre de sa volonté d'adoption.
On y lit la parole rendue à l'enfant. Un enfant de sept ans ! la présence de l'enfant y donnait le plus grand intérêt ; il semblait cependant que c'était à lui seul à prononcer, et que libre par la nature, chez une nation qui ne reconnait point d'esclaves, il avait le droit de se donner à ceux qu'il chérissait et qui l'aimaient
On y lit la justice épaulée par les  notaires, la place du notaire dans le mariage au XVIIIème siècle.  on envoya chercher deux Notaires ; on fit un acte. 

On y lit un accord amiable. Ensemble, les notaires, le juge et les protagonistes trouvent une solution.
La présence du Magistrat rendit en quelque sorte, encore plus auguste, ce contrat dicté par la raison et par la vertu, et où le sentiment et la liberté naturelle l'emportèrent, comme cela devait être, sur les prétentions et les préjugés d'une Jurisprudence barbare que la religion, l'humanité et la politique ont du également abroger.
Une solution pour le bien d'un enfant à Poitiers en 1774.
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Il s'en est fallu il y a quelques jours qu'il ne soit élevé en cette ville un procès singulier, qui aurait pu être mis au rang des causes célèbres. un Seigneur obligé suivant les lois du royaume, de faire nourrir et élever un enfant inconnu, trouvé exposé sur ses terres, le fit recevoir à l'Hôtel Dieu de Poitiers en payant un prix convenu. Cet enfant y resta trois ans, au bout duquel temps le Seigneur pensa qu'il serait mieux alors dans une maison particulière pour y être instruit et mis dans le cas de prendre un jour une profession honnête. Le sort d'un batard intéresse toujours les bons coeurs ; c'est à la société à le venger de la dureté des parents qui l'ont abandonné. on proposa celui-ci à deux époux qui n'avaient point d'enfant ; ils l'acceptèrent moyennant une pension que promit le Seigneur, et qu'il a payée très exactement. Le motif saint et social de l'union conjugale est d'avoir des héritiers dans lesquels on espère de se voir revivre un jour. Ceux à qui la nature refuse cette satisfaction, désirent et semblent chercher du dédommagement. Ils accueillent le premier objet qu'ils croient digne de leur tendresse ; et cette illusion qui leur devient plus chère de jour en jour par l'habitude et le besoin d'aimer, les attache souvent autant que la réalité même.



 Ces bons époux chérirent bientôt cet enfant comme s'il fut né de leur union ; ils l'ont élevé pendant quatre ans avec les soins les plus tendres , cet enfant en grandissant a resserré par sa douceur et ses caresses un noeud si doux ; ils l'appelent leur fils ; il leur donne lui-même les titres que celui-ci suppose; Enfin c'est un joli enfant, digne jusques à présent de la bonne fortune que le sort parait lui promettre. Le Seigneur étant il y a quelques jours à Poitiers, voulut le voir ; sa physionomie l'intéressa au point qu'il déclara vouloir le reprendre, et prétendit qu'il avait le droit de le réclamer ; les parents adoptifs s'y opposèrent, dirent qu'il faisait leur plaisir, qu'il ferait leur bonheur et qu'ils feraient le sien, que son enfance leur appartenait, et qu'ils croyaient avoir le droit de le conserver, pour prix des soins qu'ils en avaient eu. Le Seigneur en tachant d'appuyer sa prétention sur les préjugés de la Jurisprudence Féodale, assura qu'il avait aussi pour lui les meilleures intentions. La contradiction se soutenant, on convint de s'en rapporter au jugement du Magistrat ; chacun plaida sa cause devant lui ; la présence de l'enfant y donnait le plus grand intérêt ; il semblait cependant que c'était à lui seul à prononcer, et que libre par la nature, chez une nation qui ne reconnait point d'esclaves, il avait le droit de se donner à ceux qu'il chérissait et qui l'aimaient.



La tendresse et la reconnaissance sont des impressions les plus profondes jusque dans les plus jeunes coeurs ; il n'y a point d'enfance pour la sensibilité ; l'enfant témoigna sa préférence par ses larmes et par ses cris ; il ne voulait pas sortir des bras des deux époux qui juraient eux-mêmes en pleurant qu'il ne le céderaient jamais. Il est plus aisé de sentir cette scène attendrissante que de la peindre. Le Seigneur lui-même finit par en être touché ; on envoya chercher deux Notaires ; on fit un acte ; le Seigneur abandonna sa réclamation ; l'enfant resta à ses bienfaiteurs, qui déclarèrent qu'ils le garderaient gratuitement, et promirent de lui faire embrasser une profession honnête et utile. La présence du Magistrat rendit en quelque sorte, encore plus auguste, ce contrat dicté par la raison et par la vertu, et où le sentiment et la liberté naturelle l'emportèrent, comme cela devait être, sur les prétentions et les préjugés d'une Jurisprudence barbare que la religion, l'humanité et la politique ont du également abroger.

lundi 24 juillet 2017

Dénonciation calomnieuse - 10 Messidor An II - Thenezay.






Capion, vicaire à Thenezay, a prêté serment à la République, en bon prêtre républicain, il vient à Poitiers se marier. Qu'a-t-il pu dire à la Porte de Paris ? Toujours est-il, qu'il est dénoncé pour suspicion de propos contre-révolutionnaires :

Le Sr Capion prêtre vicaire ci devant de la commune de
Thenaizé, district de Parthenay département des Deux Sèvres, ayant paru
suspect  au planton de la Porte de Paris
et le Citoyen Chenevière s’étant trouvé dans le quartier il a été décidé qu’il
serait conduit à la Visitation surtout après avoir fait des réponses très
embarassantes.
Ses deux laissez passer de sa commune déposés à la lettre C. 



Une centaine de prêtres de tous âges, de toutes conditions, arrêtés, guillotinés ou déportés dans les Archives Criminelles Révolutionnaires. Rares sont ceux qui ont pu se défendre. 


Capion qui bénéficie, comme de nombreux autres, du soutien de sa commune, ne manque pas de style pour plaider sa cause  :

Il est à présumer Citoyen, que l’on a trompé ta religion sur
ma conduite. Car il ne tombe pas sous le sens que tu ais mis depuis plus d’un
mois un citoyen en arrestation sans avoir pris
des renseignements pour savoir s’il est coupable ou non.
Sans chercher ici à connaitre mon calomniateur,  je me bornerai à analyser autant que le petit
espace de cette feuille me le permettra, la conduite que j’ai tenu depuis le
commencement de la révolution jusqu’au moment de mon arrestation.
Le fils d’un simple bucheron a qui la fortune ainsi qu’à son
fils  avait constamment tourné le dos, ne
peut avoir par sa naissance aucun motif qui
l’attache à l’ancien régime…
Celui qui travailla aux ouvrages pénibles de l’agriculture
jusqu’à 22 ans et qui ne cessa ce louable exercice qu’à la sollicitation de
quelques personnes qui croyant lui rendre service en le portant à se faire
prêtre, qui ne parvint à ce ci-devant état que par charité, qui depuis ne vécut
jamais que de charité, n’était certainement pas payé  pour être attaché à l’ancien régime….
Celui qui avant la Révolution n’avait jamais pu lier avec
les ci-devants nobles, ne peut être suspecté d’avoir adhéré ni trempé dans
leurs complots  contre la liberté du
peuple…
Celui qui sans hésiter, à prêté tous les serments prescrits
par les décrets et qui a toujours  tenu
une conduite conforme à ses serments, n’a pu avec justice être argué
d’incivisme….
Celui qui en public comme en particulier, a non seulement
presché l’obéissance aux loix et sollicité la jeunesse à voler à la défense de
la patrie, mais encore quoique  fort
pauvre, a donné à  plusieurs reprises à
boire et à manger et encore de l’argent, ne peut vraiment pas être regardé
comme contre-révolutionnaire.
Celui qui en 1792, sut inspirer à son frère âgé de 48 ans,
le désir et la volonté d’aller par les frontières pour défendre sa patrie, et
qui non obstant sa modique fortune lui donna à son départ la somme de cinquante
livres et qui depuis lui envoya encore à différentes fois, n’était certainement
pas l’ennemi de la patrie.
Celui qui au mois de Brumaire dernier, par ses soins et ses
dépenses redoublés, arracha des bras de la mort, un autre frère agé de 45 ans,
qui sortait des prisons de Saint Florent où il avait été détenu par les
Brigands, depuis le 5 Juillet de la même année, n’avait certainement pas varié
dans ses sentiments.
Celui qui dans le courant de Frimaire dernier, eut la
commission de faire le recensement des grains et de la population dans la
commune de Vasles, commission dont il s’acquitta avec autant de fidélité que de
zèle, n’était sans doute pas vu de mauvais œil par l’administration de son
district.
Un cidevant vicaire, qui a cessé dès le mois de Nivose
inclusivement toutes fonctions et depuis cette époque s’est totalement livré
aux pénibles travaux de l’agriculture ne peut sous aucun rapport être accusé
d’avoir troublé l’ordre ni manifesté aucune
mauvaise intention.
Enfin celui qui dans le courant de Floréal dernier fut
demandé par la municipalité pour être son
secrétaire greffier, et à laquelle demande, le Directoire du District de
Parthenay ne refusa son adhésion qu parce que celui-ci n’était pas marié,
n’avait certainement pas perdu la confiance de sa commune.
Celui-ci enfin, qui le dernier jour de Floréal n’était parti
de son domicile pour venir dans cette ville qu’avec des vues qui n’étaient rien
moins qu’inciviques, puisque c’était définitivement pour se marier à une
habitante de cette ville, ainsi qu’il en avait instruit sa municipalité avant
son départ. Peut-il être regardé comme suspect et être traité comme tel ?
Ce peut-il faire que dans un seul instant, un républicain, un vrai sans-culotte
ait perdu sa liberté ; ensemble tous les moyens de se faire
entendre ?
Sois bien persuadé Citoyen, que le républicain qui te parle
avec autant d’assurance que de franchise, souffre tous les maux imaginables, et
que le plus cruel  est de se voir
confondu avec les ennemis de la chose publique pour qui  sa détention
est un sujet d’alégresse, parce qu’il disent voyez à quoi lui a
servi  son patriotisme ? Ils
prennent de la occasion de calomnier les amis de la République.
Daignez Citoyen prendre en considération toutes ces
vérités.  Si j’ai été dénoncé, ce que je
ne puis croire ; fais moi part  des
griefs dont on m’accuse ; tu apprendras bientôt, que tu as oté la
liberté  à un citoyen qui n’a jamais
mérité de la perdre.
Ah cher Citoyen ! Si dans le moment où je te vis à la
Porte de Paris, j’eusse eu le bonheur de te connaitre que je me serais épargné
des peines : mais ne sachant pas que tu étais ministre de l’autorité
populaire, c’est ce qui fit que je ne te donnais pas une réponse aussi
satisfaisante que j’avais fait. Souviens toi, aussi cher Citoyen que tu me
promis de me revoir le lendemain, je suis encore à t’attendre et comme j’ai
encore quelque chose à te dire et que sous tous les rapports je ne puis confier
au papier, je te prie au nom de ce qu’il y a de plus sacré dans l’humanité de
venir me voir promptement et tu feras justice.
Salut et Fraternité.
Capion.
De la cidevant Visitation, le 6 Messidor An 2 de la
République Française, une indivisible et impérissable.



Exception à la règle de cette Terreur anti-cléricale, Capion sera libéré le 10 Messidor. 
Vous retrouverez peut-être sur la base Crimes, le curé de votre village, l'occasion d'aller fouiller plus avant dans les Archives pour savoir qui l'a dénoncé, pourquoi et qui l'a soutenu...

Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !