lundi 13 juin 2016

K - Kaléidoscope et pause Kfé. #challengeAZ



Petite, je pouvais rester un temps fou à regarder par le p'tit trou du kaléidoscope. 
Il y a toujours eu un kaléidoscope à la maison, pour les enfants puis pour les petits-enfants. 
A l'ère de la tablette et de la 3D, la magie du kaléidoscope opère-t-elle toujours ? 
Oui, certes et c'est à la fois rassurant et savoureux de les voir lorgner, tenter de ne garder qu'un oeil ouvert. Réussir ou pas à tourner le bazar. 
Mais une chose est sure, ils y passent beaucoup moins de temps que moi à leur âge. 
Qui a déjà démonté son kaléidoscope ? 
Moi je n'ai jamais osé. Un des seuls sujets pour lesquels j'ai préféré le mystère à l'explication du mystère !

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C'est un billet le temps d'une pause café pendant la sieste des lutins, je ne suis pas certaine que ce soit mieux que rien. Mais bon, au moins c'est vite lu :)
A demain peut-être ! 

dimanche 12 juin 2016

J - Jouets et hors Jeu - #challengeAZ.


Nous y sommes ! Trois p'tits lutins imposent désormais ici, le rythme et les sujets du  #challengeAZ.
Ce sera donc J comme Jouets.
Des Duplo et les Boutons de Bérangère, instantané d'un dimanche.
Les p'tits lutins risquent fort de me mettre hors jeu du #challengeAZ pour les quinze jours qui suivent. En gros jusqu'à la fin.
Principe de réalité oblige, je ne m'attarde pas, car demain, ici, on risque commencer la partie de Duplo d'assez bonne heure :)


vendredi 10 juin 2016

I - ID19, N7 et renvoi d'ascenceur. #challengeAZ



L'objet de mémoire est aussi celui que l'on n'a jamais possédé.
L'ID19 était la version simplifiée de la DS.
La DS, noire, forcément noire était la voiture de De Gaulle.
Mon père savait qu'il n'aurait jamais de DS, il n'osait rêver que d'une ID19.
Mais pour l'ouvrier presseur qu'il était, le travailleur payé aux pièces, l'homme aux mains calleuses, même l'idée d'une version simplifiée restait une utopie.
Heureusement son p'tit frère d'adoption (Tonton Tonio, le fils de Pépé Paco) avait pris l'ascenceur social. Poussé dedans par Papa et sa soeur, qui avaient payé de belles études à cet enfant intelligent, à ce frère d'exil. Antonio était devenu médecin, interne des hôpitaux de Paris, cardiologue. Avec ses premiers remplacements, il s'était offert une ID19. Une belle bagnole.
Je crois qu'on était en 69.
Ce n'est pas très important.
Ce qui est important c'est le renvoi d'ascenceur.
Tonton Tonio a prêté sa voiture, un mois entier, à son frère de coeur, Modesto.
ça c'était quelque chose !
Un mois entier en ID19 pour que Modesto se fasse plaisir !
Allez hop tous en carrosse, on part en vacances !
Un carrosse qui décolle au démarrage, et toute la famille Pino qui s'épate de cette suspension hydraulique unique. On aurait calé rien que pour redémarrer.
N'attachez pas vos ceintures, il n'y a pas de ceinture !
Direction Nationale 7 !
N7, Il faut la prendre qu'on aille à Rome à Sète, nous c'était pour aller à Fréjus !
Rendez-vous à Fréjus avec le Z.


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Finalement, en 69, Modesto était un peu fada de design automobile, comme le sera son petit-fils Félix né 20 ans plus tard. 

jeudi 9 juin 2016

H - Havane, naître, grandir, fumer. #challengeAZ



En 2003, assise à Genouillé, une sorcière singulière remonta quatre à quatre la branche des Godard, histoire d’épater son beau-père, fumeur de Havane de 80 printemps. Cigare aux lèvres, celui-ci se mit à parler. L’écouter, c’était grimper de branche en branche, dans l’arbre du temps, au plus loin de la mémoire orale familiale. Et quelle mémoire!  Deux guerres, des épidémies, les derniers loups du Sud Vienne, des cœurs simples, mais fiers, des bonheurs de vie humble, autour d’un feu, des mots à la veillée… Rien de mieux qu’un homme d’ici pour piquer de passion généalogique une bru venue d’ailleurs.
Source : Archives départementales de la Vienne

Les Godard de Genouillé, au plus loin des archives paroissiales, étaient journaliers à la Combe. Journaliers… De père en fils, sur plusieurs siècles. Une généalogie humble et belle de gens de peu, qui se marièrent au village, ou à une portée de charrette, revenant inexorablement au berceau de la Combe, au village des potiers.  Pas une petite cuiller en argent à mettre sous la dent du beau-père, pas un blason, pas une particule ! Chez les Godard de Genouillé on vécut pauvre et en sabots. Dans un tel arbre, le premier qui signe apporte à l’apprenti paléographe, une sacrée émotion. Il fallut attendre 1860, et le mariage de Jacques avec  Marie Pautrot, pour lire Godard en bas d’un acte !  La première main qui sut écrire fut celle de François, frère cadet du marié. « François Godard hongreur » et fier de l’être,  tel est son paraphe au bas des actes de sa fratrie. Joseph,  fils de Jacques, signe. Joseph-Pierre né en 1889, cultivateur, sait lire et écrire. Mobilisé le 1er Aout 1914, prisonnier la terrible journée du 22 Aout, c’est en Allemagne, qu’il apprendra la naissance de Louis, son premier fils né en novembre. Libéré en 1919, il termine la route à pied, se perd dans cette campagne qu’il ne reconnait plus et arrive à Genouillé épuisé.  La famille s’installe alors à St-Macoux où nait René, notre fumeur de Havane.
2014 Collection familiale.

Naitre, grandir et saisir sa chance. Enfant de la république doué, à l’intelligence vive, voyez René, grimper quatre à quatre les barreaux de l’échelle sociale ! Notre fumeur de Havanes, quitte le sud Vienne, devient clerc de notaire à Chauvigny chez Me Toulat, puis notaire à Paris.  Naitre, grandir, devenir un homme et garder tout au long de sa vie l’amour de la langue française et le respect pour les plus humbles dont on est issu. Devenir père et porter haut ses enfants. Devenir  grand-père, arrière-grand-père et se laisser porter par la diversité d’une ribambelle joyeuse et aimante.  
Naitre, grandir et finir patriarche. Présider la table des cousinades et conserver intacte la mémoire des anciens,  l’émotion des chagrins, garder au cœur les disparus, s’émouvoir des naissances, porter un regard attentif sur chacun et accompagner les plus fragiles.
De journalier en notaire, de Genouillé à Monthoiron, le 6 mars 2015, en perdant une de ses plus belles branches, l’arbre de la Godardière a gagné une racine d’une singulière force.



René Henri GODARD (1923/2015)

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Je suis la gardienne des actes notariés familiaux anciens. Un an plus tard, j'ouvre une chemise cartonnée et l'odeur du Havane m'entoure, j'inspire, je retiens mon souffle, je ferme les yeux. 
 Papi Cigare is back. 
Tabagisme passif consenti. 

mercredi 8 juin 2016

G - La Gamelle ou dégringoler de l'échelle sociale. #challengeAZ

Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des grand-parents républicains espagnols. Moi si. J'ai même eu deux grand-pères, autour d'une femme extraordinaire : José Pino, héros de guerre que je n'ai pas connu hélas, et Pépé Paco, le second mari de Mémé. Leur histoire est une histoire de dingue, comme toutes les histoires d'apatrides.
Mais revenons à la gamelle.
Après l'exil et le séjour dans le camp d'Argelès, les Républicains espagnols ont fait ce qu'ils ont pu. Ils ont dégringolé à toute allure l'échelle sociale, une vraie gamelle pour certains. On les a séparés, on a placé les enfants dans des familles françaises avec une option d'adoption. Comme ils insistaient, on les a laissé se retrouver. On les a placés métayers à la ferme, puis maçons. Ils ont remonté leurs manches, ils se sont entraidés, ils ont tenu leurs enfants, à bout de bras, pour les porter haut vers un avenir meilleur. Ils ont "bouffé le pain des français" comme on leur a dit, mais ils ont réussi en une génération, un intégration aux p'tits oignons. Comme quoi l'utopie mène à tout, il suffit d'en sortir. Avec ce pain là et la laïque, ils ont fait des médécins, des acteurs, des députés, des ministres, des écrivains, des amoureux de poésie, des chanteurs, des fadas de villages, des archivistes et même un maire de Paris.
Mais revenons à la gamelle.
Après avoir été métayer dans le Loir et Cher, Pépé Paco est devenu maçon à Pontault-Combault. J'aimais bien le regarder partir au boulot le matin. Mémé lui cuisinait une grosse tortilla qu'il mangeait dans du pain en buvant un grand verre de rouge, qui tache, du Préfontaines. Pas de café, du rouge. Ensuite Mémé préparait sa gamelle en me parlant fragnol : du ragoût et des patatas. De temps en temps ça changeait, il avait des patatas et du ragoût. J'avais 4 ans, je ne sais pas ce que j'aurais donné pour avoir moi aussi une tortilla le matin, un verre de rouge, une gamelle, avec du ragout de mémé, une mobylette et un repas dévoré sur le pouce avec los amigos de chantier autour d'un fuego, des potes entonnant en se marrant, la chanson del campo d'Argelès.
Mais revenons à la gamelle.
J'ai grandi, je ne parle pas espagnol, c'était interdit de parler espagnol à la maison, ma grand-mère parlait fragnol et je répondais en français. Pero entiendo todo, je trouve même les fautes de grammaire de mes enfants apprentis. Un jour, j'ai super bien gagné ma vie, alors je me suis acheté une gamelle, celle de la photo, mais c'était trop tard, Mémé n'était plus là pour faire le ragout. No pasaran.


mardi 7 juin 2016

F- Un Fauteuil, une absence. #challengeAZ


Depuis un peu plus d'un an déjà, Alain tient ce fauteuil de son père René, qui le tenait de son père Joseph Pierre, qui le tenait allez savoir de qui.
René y restait des heures à lire à son bureau.
Y rester des heures assis à lire, ça n'a pas du arriver souvent à Joseph Pierre, l'agriculteur.
Y rester assise à penser, aux Godard de Genouillé, ça m'arrive de temps en temps.

lundi 6 juin 2016

E - Ecriture objets de mémoire - #challengeAZ


Plume, porte-plume, encre.
L'odeur de l'encre, quand la maitresse passait remplir les encriers.
Plume, porte-plume, encre,
Le bruit de lettres qui griffent le mauvais papier,
Plume, porte-plume, encre,
Le plaisir d'une page sans rature,
Plume, porte-plume, encre,
Le désespoir d'un paté malvenu.
Arabesques prometteuses,
La première lettre,
Le premier auto-portrait,
La première note à l'encre rouge,
La première dictée sans faute,
La première dissert' de  philo,
Le premier mot d'amour...
Vivre et l'écrire.







samedi 4 juin 2016

D - Dessins ou l'art d'être grand-père - #challengeAZ

Il y a des dons qui sautent une génération.
A part quelques chaussures pendant les cours de latin (mais pourquoi des chaussures, docteur ?) je ne sais pas dessiner.
ça chagrinait mon père. 
Je me suis rattrapée en lui faisant un p'tit fils assez génial. Je peux le dire, je suis sa mère ;)
Mine de rien, tout a commencé par une grande fresque, sur les murs de la cuisine, au feutre rouge. 
C'était notre quatrième enfant, notre premier garçon, notre première grande cuisine, notre premier taggeur.
On a fait les émerveillés, mais la fresque, on ne l'a pas gardée. 
Il lui a fallu un certain temps pour passer au format A4. 
J'aime regarder mon fils dessiner, c'est fascinant, depuis qu'il a trois ans c'est fascinant.
ça fait 24 ans que c'est fascinant. 
J'aimais regarder mon père peindre, c'était fascinant. 
ça fait 27 ans que c'est un souvenir. 
Mine de rien, passage de témoin.
Heureux comme Félix, l'enfant au crayon, petit-fils de Modesto, l'homme au pinceau.

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Modesto (Sosa 14), fils de José Pino Perona (Sosa28) et de Justa Garvia Vara (Sosa 29) est né à Barcelone en 1930. Il arrive à  pied avec ses parents et sa soeur, sur la plage d'Argelès en Février 39, c'est la Retirada. Les camps, la peur, la séparation marqueront sa vie entière. Modesto est mort en 2006, le 9 aout. 
Je ne suis pas très forte en dessin, ok, papa, mais je retrouve ta voix quand je veux. 
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"Victor, tu sais ce qu'il fait comme métier Tonton ?
- Oui, il est designer d'intérieur chez Porsche (ndlr : enfin maintenant chez Tesla)
- Victor, tu sais ce que c'est designer d'intérieur ?
- Oui je sais, il faut bien colorier à l'intérieur sans dépasser" ;-))))
J'ai un mur entier dans ma cuisine tapissé de dessins de mes petits-enfants. 


vendredi 3 juin 2016

C - Le petit Châle, la transmission et l'ancêtre. #challengeAZ


J'ai tété ma mère entourée de ce petit châle que sa mère avait tricoté pour moi.
Faire de sa fille une mère, ça tient parfois à une maille à l'endroit, une maille à l'envers.
Un tricot et peu de mots.
En 1983, je n'étais pas si loin du terme lorsque Louise, m'a confié le petit châle tricoté par Fortunée.
Le fil de la transmission.
Mathilde, Camille, Constance, Félix, Louise, Joséphine, tous ont tété entourés de ce petit tricot. Même quand l'Académie de Médecine est passée à la gigoteuse, le p'tit châle est resté à proximité du berceau.
Un peu troué, trop usé pour être transmis, il va bientôt fêter ses 60 ans !
Comme Fortunée, pour chacun de mes petits enfants, j'ai confectionné une petite couverture, j'en ai déjà tricoté cinq en moins de quatre ans (quel rythme n'est-ce-pas ?), toutes différentes.
Il m'arrive parfois, lorsque je garde à la Godardière ma descendance, de  blottir un petit dans le maillage de leur ancêtre Fortunée, leur arrière-arrière-grand-mère du Levant.

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Fortunée BEHAR dessinée par son gendre Modesto PINO.

Fortunée BEHAR (Sosa 31) est née à Constantinople en avril 1895. Demoiselle de compagnie en Turquie, elle arrive en France vers 1913. Devenue tapissière, elle restaure les vieux tapis persans. Mariée en 1920 avec Tchèle (Dit Théodore) CATALAN, elle mettra au monde huit enfants dont 7 vivront.  Atteinte d'une maladie cardiaque depuis de nombreuses années, Fortunée meurt chez elle, à l'âge de 60 ans en 1959. J'ai alors deux ans. Je crois me souvenir de cette grand-mère fatiguée dans son lit, mais je suis si jeune... Ce souvenir n'est peut-être qu'une construction faite d'amour et de mots : ceux de ma mère qui entourent toujours aujourd'hui cette lumineuse ancêtre.

jeudi 2 juin 2016

B - La Bague, l'âne et l'ancêtre #challengeAZ


La bague au doigt, Ginette d'Availles rêvait à René de Genouillé en préparant quelques carottes.
Gazelle, l’ânesse des p'tites soeurs du presbytère de Prinçay, un oeil sur le papier journal, attendait sans s'impatienter de recycler avec ardeur quelques épluchures.
Allez savoir comment, le bijou glissa du doigt de la belle, pimentant malencontreusement le repas de l'équidé. On s'affola dans la cuisine, on chercha en vain sous la maie puis on pensa à la petite ânesse et à ses facéties.
A têtue, têtue et demie, Ginette entoura Gazelle d'une d'attention toute particulière, le temps que le joyau suive tranquillement le trajet des boyaux...
Et Ginette retrouva son anneau et son si joli sourire !

Je suis l'heureuse gardienne de ce précieux objet de mémoire. L'histoire de la petite ânesse revient parfois lors des repas de famille, l'émotion se mêle alors au sourire.Ginette, grand-mère de mes enfants est partie trop tôt, si vite, trois ans avant ma rencontre avec son fils Alain.
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Art Déco ou les Dieux du Design.  
Le style Art Déco sait compenser la légèreté des carats par les talents d'orfèvre, en peu de courbes et quelques obliques, pleins et creux en parfaite harmonie. Un style à la fois simple et rare.
Cette même harmonie qui lia tout au long de sa vie Ginette à son René.

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Ginette est née à Prinçay, commune d'Availles. Elle est la fille de Georges Alfred SARRAZIN et de Renée ROY. Belle descendance pour Ginette : 4 enfants, 13 petits-enfants, 13 arrière petits-enfants. Et mémoire vive au coeur de chacun.