mardi 23 octobre 2012

La peste soit du système Law ! Charroux 1720.



"Cette année 1720 a été remarquable par une grande abon
"dance de toutes sortes de fruits non obstant laquelle la rarete de
"largent et le prix excessif des monnayes ont cause une chute excessi
"ve de toute sorte de marchandises de plus les augmentations
"et diminutions subites et les billets de banque ont causé des mou
"vements extraordinaires dans les fortunes des particuliers les
"eveques se sont conciliés au sujet de la bulle unigenitus
"et ont disputé sept ans quoiqu'ils n'eussent tous qu'une
"me doctrine. Le parlement de paris a été transféré à 
"Pontoise et fort humilié. Toute la france a ete dans 
"la terreur de la peste qui a fait perir marseille et ra-
"vage quelques lieux de provence et de l'incendie qui a
"détruit la ville de rennes. 
François Dalouhe Curé de Charroux.


Mine de rien, en douze petites lignes, François Dalouhe, curé de Charroux nous a tout dit de l'année 1720 !

 Reprenons !

Fichu papier monnaie !


C'est le 2 Mai 1716 que l'écossais John Law, nommé contrôleur général des finances, est autorisé à mettre en place en france son "système". Rue Quincampoix à Paris s'ouvre la Banque Générale sur le modèle initié en Angleterre. Un capital d'un million de livres réparti en actions et en "Papiers d'Etat".
Succès immédiat, ça nous fait du 7,5%, le capital grimpe à 6 millions.

Law crée des compagnies : de Louisiane, du Mississipi, de Chine, des Indes, progressivement il a la main mise sur tout le commerce extérieur.

En 1720, patatras, le système s'emballe. On peut toujours rêver du capitalisme d'arrière-arrière-arrière grand-papa, ça boursicote, ça spécule, ça revent, ça magouille, ça crise.
 Law essaie freiner la valeur libératoire de l'or, il met en place des amendes, encourage les dénonciations... Forcément tout le monde cherche d'autant plus à reprendre ses billes...et retour vers le futur, c'est banqueroute, comme en 29 deux siècles après ! On comptera 17 morts rue Quincampoix en juillet lors des émeutes d'actionnaires.
Le parlement est exilé à Pontoise et on arrête le papier monnaie en novembre.
Comme ça prend l'eau de partout, notre capitaliste éponyme, lui, file à  Venise, ça coule de source !
On confie la liquidation du système aux frères Paris. Un système de visas est institué pour limiter les dégats. Il semblerait qu'à l'époque déjà on ait tenté de protéger les classes moyennes, tandis que les plus malins s'en sont mis plein les poches !

Au total, il semble que le système Law ait dynamisé le commerce extérieur... et rendu méfiants vis à vis du papier monnaie !

Pendant ce temps là, les évèques se réconcilient, enfin provisoirement...autour d'une bulle Unigenitus. 

A Marseille, au mois de mai fini de spéculer, plus le temps de buller !

C'est un fameux trois mats, le "Grand Saint Antoine" en provenance de Syrie qui la ramène au port.

Comble d'imprudence, on la sait à bord et on la laisse débarquer.


 Tentaculaire, elle va s'étendre sur la ville et au delà en Provence,  la peste sévit une fois de plus. On polémiquera sur les responsabilités, les négligences, les pressions, mais on s'accordera sur plus de 100 000 victimes dans toute la région. Partout dans le royaume on craindra la contagion !




 A Rennes, dans la nuit du 23 décembre, ce n'est pas encore la trève, en pleine scène de ménage, le père Boutrouel passablement émêché, met stupidement le feu à sa boutique en renversant une bougie. L'incendie gagne vite, très vite, une grande partie de la ville. Il ne sera vaincu que 6 jours après, avec l'aide miraculeuse de la pluie revenue ! Bilan  : mille bâtiments détruits (dont « le beffroi, l’hôtel du commandant en chef de la province, place de la mairie, le Présidial, la Chambre criminelle et la grande cohue ), 8000 sinistrés !

Merci au curé de Charroux pour cette page d'histoire !

Les Archives Insolites de la Vienne. 











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