vendredi 14 juin 2013

Le Juge, la Veuve et le Notaire - Mauprévoir An V - Centre Presse


Hier dans Centre Presse,
sont aujourd'hui sur le blog !

Mme Buissonnet s'inquiète. Aucune nouvelle de sa jeune soeur repartie pour  La Rochefoucauld. Elle finit par alerter les autorités.
Quelques semaines plus tard, sa vie bascule. Toutes les belles-mères vous le diront, il faut se méfier du gendre idéal. Buissonnet, notaire à Charroux, vingt-neuf ans, a l'aplomb du manipulateur. Il est bien avec sa femme, il est bien avec son beau-père et  il couche avec sa belle-sœur Hortense Mesnard, vingt ans. Pas de chance, celle-ci tombe enceinte. Buissonnet avertit son beau-père qui répudie sa fille.
Qu'à celà ne tienne, la veuve Duchalard de Mauprévoir, amie du mari volage se chargera de cacher Hortense, le temps qu’il faut. Ni vu, ni connu, tout se présente bien.
 Buissonnet reste à l’écart, la nuit du 27 Nivôse car tout ça lui est insupportable... Seule présente : la veuve Duchalard. Pourquoi  rappelle-t-elle si tard l’officier de santé venu dans la journée ? A-t-elle voulu précipiter les choses ? Elle le niera, affirmant que l'accident est dû à la position d’Hortense qui accouche debout. Possible mais difficile à croire. La jeune femme va mourir dans d’atroces souffrances,  sous les mains malhabiles qui forcent  la délivrance... Prolapsus complet, hémorragie massive, seule la mort la soulage.
La veuve est noire et n'a pas terminé son ouvrage. L’enfant, un garçon est vivant. La veille, la bonne de la maison, a accouché, elle aussi d’une fille. La Duchalard embarque les deux nouveaux-nés dans un vieux panier qu’elle dépose à Joussé à 8km, chez Pleuville, en  criant « champis ! » avant de s’enfuir dans la nuit. Le lendemain, on enterre Hortense sans plus de question.

On aurait pu en rester là. Seulement Pleuville n'est pas un très bon citoyen. Il abandonne ce panier trop garni, sous un ormeau du cimetière. Il gèle ce 17 janvier. Les nouveau-nés hurlent, on les entend enfin, l’enfant d’Hortense meurt sur le chemin de l’hospice.
Mauflatre, le juge chargé du dossier  a vite fait d'arriver à la Veuve Duchalard. On ordonne l'exhumation du cadavre. Les officiers de santé sont formels, les délabrements accusent. On interroge à peine Buissonnet. L'accusation se concentre sur la veuve. Inculpée de la mort d'Hortense des suites d’une manœuvre violente et de suppression d’enfant par exposition inhumaine Elle nie. La Cour Criminelle l’acquitte le 20 Floréal.
Obstiné, furieux, Mauflatre, la poursuit en correctionnelle pour exposition d'enfants. La veuve se défend bec et ongles, en appelle au droit constitutionnel : on ne peut la poursuivre pour les mêmes faits sans nouvel élément. Acquittée.
Machiavélique, la veuve Duchalard passe entre les mailles....
Opiniatre, le juge cherche la faille et enfin la trouve. La veuve Duchalard n'a pas déclaré les enfants à l'officier municipal avant de les exposer comme la loi l'y oblige.

Vaincue, la veuve est condamnée le 12 Messidor de l’An 5 à une peine de prison d’une décade. Une décade ? Environ dix jours du calendrier révolutionnaire. 

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Source Archives Départementales de la Vienne Série L Suppl 406

Les petites affaires criminelles de la Vienne. 

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