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vendredi 25 janvier 2013

Françoise TOUCHARD - Maitresse sage-femme à Naintré - 1790.


Etait-elle fille de sage-femme ? C'est possible, car à cette époque le métier se transmettait encore de mère en fille. Mais rien ne permet d'affirmer que Jeanne Brion, sa mère, accoucha les femmes de Naintré.

Françoise Touchard s'est mariée à l'âge de 31 ans avec Jean Aubugeau, le 13 novembre 1786.
Un an après le début de la Révolution Française, dans la maison, le berceau est toujours vide.
C'est peut-être ce qui la décide, en tous cas ce qui lui permet de quitter son foyer pendant un mois.

En effet, elle est choisie par les officiers municipaux de son village, comme d'autres jeunes femmes alentours, pour aller suivre les cours d'accouchement à Poitiers, trente kilomètres plus loin. Elle y sera logée et nourrie, gratuitement. Elle suivra l'enseignement de ce bon Dr Maury, que j'ai le plaisir de croiser à nouveau sur cet acte.
Françoise Touchard rentre à la maison fin mai, diplôme en poche, daté du 26.

Le 6 Juin 1790, devant l'assemblée réunie des officiers municipaux, elle présente fièrement le certificat qu'elle a obtenu. Il confirme l'excellence de son travail. Ses progrès sont mentionnés, ainsi que la prudence de son comportement. Elle est reçue avec le titre de "Maitresse Sage-femme" et peut exercer ses talents partout où elle est appelée.
Nommée à  Naintré,  elle prête serment devant l'assemblée.
Ses honoraires sont fixés par l'équipe municipale : Trente sols.
Trente sols.
Comme nous l'a appris hier l'apothicaire d'Aubière, la naissance d'un enfant vaut le prix de trois poules...


Le malheur frappe le foyer quelques mois plus tard. En novembre Jean Aubugeau meurt. Son épouse n'est pas mentionnée sur l'acte de décès. Absence ? Mésentente conjugale ?
Les années passent. Aucun enfant ne naît du ventre de la sage-femme de Naintré.
Dans le village les naissance sont nombreuses, environ 450 par table décennale. 

Le 10 avril 1804, Françoise Touchard, 45 ans, veuve de Jean Aubugeau, se remarie avec Louis Richard,  domestique de 28 ans.

Françoise Touchard, sage-femme de Naintré, meurt le 4 avril 1841 à l'âge de 82 ans. 


Combien de temps Françoise a-t-elle travaillé ? Combien de vies a-t-elle sauvées ?
Le premier recensement disponible date de 1836. La profession de Françoise n'est pas mentionnée. Elle a 76 ans, 133ème foyer du village, elle vit seule avec son époux Louis Richard qui est devenu cultivateur.

Si on lui avait accordé la retraite à 60 ans, notre sage-femme aurait mis au monde si j'en crois les registres environ 1350 nouveaux nés en trente ans. Soit environ 45 par an, quatre à cinq par mois, de quoi manger du poulet de temps en temps.

Françoise Touchard, prudente et maîtresse sage-femme...
Cette histoire nous rappelle, qu'il n'est pas nécessaire d'avoir enfanté pour comprendre la douleur des femmes.
Cette histoire nous rappelle, qu'il n'est pas nécessaire non plus d'être une femme pour les comprendre, me murmure à l'oreille, ce bon Maury...
Salut et Fraternité.
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Sur les Archives Insolites, d'autres sage-femmes des villages de la Vienne. 
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BMS 1783/1792 page 114.
Acte de réception de sage-femme.
L'an mil sept cent quatre vingt dix le six juin
nous officiers municipaux de la paroisse de
Naintré étant assemblés au lieu ordinaire et accoutumé
a comparu par devant nous Françoise TOUCHARD
femme de Pierre AUBUGEAU journalier de la
dite paroisse, laquelle nous a présenté un
certificat du chirurgien major et en chef de
l'hotel de ville et .... de Poitiers nommé
par messieurs les députés composant la
commission intermédiaire de l'administration
provinciale du poitou pour démontrer en
cette ville l'art des accouchements par lequel
certificat il constate que la dite Françoise TOUCHARD
a exactement suivi le cours des accouchements
qui ont été donnés la présente année à Poitiers
qu'elle y a fait des progrès et qu'elle s'y est
prudemment comportée et qu'elle y a été reçue
maitresse sage-femme avec permission d'en
exercer les fonctions partout où elle sera
appelée : le dit certificat visé par les susdits
députés et ont signé conjointement avec le
chirurgien susdit en date du vingt six mai
mil sept cent quatre vingt dix l'abbé de la
Faire, La Marque, Maury démonstrateur
En conséquence l'avons nommée et établie
sage-femme en ladite paroisse pour y assister
les femmes dans leurs couches et à leur réquisition
Et avons reçu d'elle le serment accoutumé, et avons
fixé les honoraires pour chaque accouchement et
assistance des femmes à la somme de trente sols
fait et arrêté......
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Illustrations : Maternités d'Eugène Carrière. 



samedi 19 mai 2012

Du Tic au Tac... Echo à Généablogique



 Plaisir du blog et autres outils interactifs : l'écho.
 L'écho qui vient de la lecture d'un article et renvoie à une trouvaille, à une question, à un trésor, à un autre témoignage. A chaque fois c'est un régal. Mémoire gourmande réveillée, ces fils qui se croisent aiguisent la curiosité, donnent envie d'aller plus loin. Autant de détours pour de nouvelles découvertes, quand serendipité et procrastination avancent bras-dessus bras-dessous.

Du Tic au Tac donc, ou...
D'un Gilles de la Tourette .... A l'autre.


Gilles de la Tourette, le grand, se prénomme Georges Albert Edouard Brutus après modification de son état civil en 1887, il faut avouer à décharge de l'officier en charge que l'intitulé des noms et prénoms n'est pas banal.


Cette semaine,  Généablogique  met à l'honneur cet homme né à Saint-Gervais-les-Trois-Clochers, élève de Charcot,  père de la neurologie. En  1885, récompensant ses brillants travaux,  le maître donne le nom de son carabin au syndrome exploré qui fut évoqué soixante ans plus tôt par le non moins prestigieux Dr Itard.
 Cette maladie neurologique rare dont souffrit le premier des Ministres de la Culture de notre Cinquième République, appelée dans un premier temps la "maladie des tics convulsifs" ( moteurs, sonores et/ou verbaux) devient le syndrome de Gilles de la Tourette.


C'est en fouillant l'histoire de l'obstétrique poitevine que j'avais rencontré, pour ma part, il y a déjà quelque mois... en 1793, celui qui fut probablement l'arrière grand-père de notre fameux neurologue. Un  certain Gilles La Tourette qui semble avoir perdu sa particule dans l'agitation révolutionnaire.



"Citoyen
Le directoire du district nous a envoyé quatre certificats de 
vie et moeurs et autant d'extraits de baptème pour quatre élues
sages-femmes qui se présentent cette année à mon cours sur
l'art des accouchements. Trois de ces élèves sont des jeunes filles
de notre ville mais dont l'intention est d'aller s'établir dans
les différentes campagnes où  il n'y a point de sujets propres à 
instruire. Je pense citoyen que vous voudreez bien agréer ces
élèves et consentir à leur dessein qui ne me parait que louable
J'ai l'honneur de vous ... observer que celle qui est de Messemé ?
a plus de 40 ans mais ayant beaucoup d'intellect et le peuple 
ayant déjà en elle une sorte de confiance, voilà les raisons qui m'ont
engagé à l'admettre à mon cours ; cependant je ne l'admettrai 
qu'autant que vous le voudrez. 
Vous donnerez lorsque vous le jugerez necessaire, des ordres 
au receveur de notre district pour qu'il me délivre la somme
convenable pour subvenir aux frais de nourriture des élèves. 
Le cours d'accouchement de Loudun, devant jouir des mêmes
privilèges que celui de poitiers, je vous serai obligé de
me faire passer quatre exemplaires du petit traité d'accouchement
de Moulin que le département donne tous les ans au citoyen 
Mauri pour distribuer à ses élèves , lors qu'il 
en a. 

Citoyen, 
Salut, prospérité et parfaite santé
Gilles Latourette Chirurgien de l'académie de Lyon. "

Chirurgien de l'académie de Lyon, exerçant à Loudun, il enseigne les élèves sages-femmes de sa ville et des villages aux environs.  Cet aprentissage promu par Maury sur Poitiers s'étend doucement aux villes environnantes sous la direction des chirurgiens locaux. Former les  sage-femmes ? La mission est vaste, ambitieuse, pour révolutionner l'accouchement, il faut délocaliser l'apprentissage au plus près des villages où la mortalité ravage encore plus qu'à la ville.
 Une révolution qui débuta bien avant les sans-culotte, à l'initiative de Madame du Coudray, sage-femme et brillante émissaire du Roi, qui parcourut la France avec sa machine, pour enseigner le corps des femmes.
Gilles la Tourette l'obstétricien, soumet au directoire du district la candidature des ses élèves, en argumente le bien-fondé, réclame une aide financière, ainsi que les manuels de l'époque à disposition. On apprend ainsi que les élèves sage-femmes doivent avoir moins de quarante ans et que Moulin a rédigé le traité d'obstétrique en usage.

Ce Gilles La Tourette là, se prénomme Joseph Charles, il est déjà maitre chirurgien lorsqu'il se marie en 1778, fils de Joseph Gilles de la Tourette. A son mariage il est mineur, sa date de naissance n'est pas indiquée.
Dans une passionnante biographie, Gilles de la Tourette le neurologue, malade, soutient à un de ses étudiants que son grand-père fut l'un des trois plus grands médecins de son temps.
Qui était ce grand-père ? L'enquête généalogique continue !
A suivre !

Merci Fred  pour cette évocation, la vie de Gilles de la Tourette est un roman, au carrefour de la recherche, du crime, de la passion, du mystère, de la folie, une histoire à la Maupassant comme je les aime....
Dans les couloirs de la Salpétrière, cet après-midi, j'ai croisé  Charcot, Déjerine, Babinski, Bourneville, ça m'a donné envie de rouvrir mon vieux Rouvière !

jeudi 23 février 2012

Serment de Sage-Femmes. Bonnes 1786 - Archives Insolites de la Vienne



"L'an mil sept cent quatrevingt six et le sixième jour du 
moy d'Aout, à l'issu des vêpres, et en présence d'une affluence de peuple
Marie Charanton, veuve du Sieur Urbain Roy Chirurgien de ce bourg,
et Marie Espin femme du nommé Pitois Des Vigealières sur cette 
paroisse, munies toutes les deux de bons certificats et de leur lettres 
de maitrise en bonne et due forme, ont été reçue pour exercer
l'office de sages femmes et ont fait serment entre mes mains,
suivant la forme prescritte dans le rituel du Diocèse, en foy
de quoy j'ay signé le présent acte le jour et an que dessus"
Desmeurs Curé de Bonnes. 
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 C'est en 1760 que l'Etat prend enfin conscience d'un devoir en matière de naissance. Mortalité infantile, maternelle, séquelles désastreuses de manoeuvres obstétricales improvisées, enfants lourdement handicapés, la maternité est misérable. 

Le corollaire de cet élan de progrès sera la chasse aux matrones. 

Madame du Coudray sage-femme, débute sa mission à travers la France. 

Et singulièrement, c'est aux hommes qu'elle va confier la direction de l'enseignement  de l'accouchement. Au curé d'une part qui choisit les candidates, au médecin d'autre part qui relayant l'enseignement de la plus illustre des accoucheuses organise et poursuit l'apprentissage.
 En l'enseignant, le médecin fait de la sage-femme son auxiliaire. Il impose ses limites. 

Pour changer et diriger les pratiques, on cherche du sang neuf. Ce ne sont pas les matrones que l'on envoie à la ville suivre les cours. Le curé recrute de nouvelles paroissiennes, jeunes et de bonnes moeurs. La sage-femme est aussi l'auxiliaire du curé, elle sauve les corps mais aussi les âmes. 
Une fois diplomées, revenues au village, celles-ci bénéficient d'avantages fiscaux. On encourage leur pratique, on valorise leur statut. 
Mais l'essentiel reste à faire. 
Convaincre. 
Convaincre les paroissiennes de faire appel à ces nouvelles recrues. Et ça ne va pas tout seul. La matrone garde son pouvoir, son influence.  
Les modes d'exercice sont très différents , la matrone n'est pas rémunérée, alors que la sage-femme l'est. 
Les rivalités s'installent, les résistances persistent. 
On voit bien alors l'intérêt d'une petite fête pour éduquer les populations, promouvoir le savoir, valoriser la fonction, convaincre. C'est cette oeuvre éducative que le curé Desmeurs de Bonnes pratique en 1786 en faisant prêter serment à Marie Charanton et Marie Espin sous la liesse populaire ! 
Ces deux sage-femmes furent formées à Poitiers par le Dr Maury, obstétricien de l'époque qui poursuivra son oeuvre sous la Révolution.

 Les demandes de formation de sage-femmes se feront de plus en plus nombreuses, nous y reviendrons...


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